Festival international des jardins de Chaumont sur Loire / 2013
Equipe : Christophe Gautrand, Paysagiste & Nicolas Darrot, Artiste
Phase / Année : Concours – 2013

Le jardin des grands singes.

Nicolas Darrot est un artiste français qui vit et travaille à Pantin. Après une formation initiale à l’école d’architecture de Grenoble, il entre à l’école des Beaux-Arts de Paris en 1993. Il est diplômé en 1998. Son travail est consacré en grande partie à la réalisation d’automates humains et animaliers, qu’il insère dans des dispositifs narratifs.

Il s’agissait ici de réunir nos visions de paysagiste et d’artiste sur la thématique « des sensations ».

Le jardin des grands singes.

Masse végétale touffue, aux abords inextricables, le Jardin des grands singes n’offre au premier regard que la présence mystérieuse et légèrement menaçante d’un bosquet en friche. Des sons épars, comme les signes d’une activité semblent s’élever du centre, où l’on distingue parfois une certaine agitation, comme si quelque chose ou quelqu’un s’était mis à secouer des branches, là-dedans. On dirait bien ce bois habité. Contournant les lieux en quête d’un sentier, le visiteur s’engage dans un parcours plus ou moins labyrinthique. L’écho de ce qui semble être une tribu au travail le conduira bientôt à la petite clairière située au cœur de ce piège à sensations. Nulle peuplade sauvage, ni grands singes n’habitent plus ici. Le village primitif a disparu, remplacé par une machinerie mimant en creux le paradis de la vie sylvestre.

Jouant sur la suggestion visuelle et sonore, le Jardin des grands singes emprunte à la figure du bois sacré, dont il reprend les motifs du secret, de l’objet caché, et du parcours initiatique. Pris dans une chaîne logique qui se superpose à son cheminement, le visiteur se trouve piégé par ses sensations, croyant entendre et voire des bêtes sauvages, à mesure qu’il progresse lui-même dans le fantasme de retour à une vie primitive. En place de l’image qui s’était consolidée en chemin, se présentent d’un seul coup les instruments de la supercherie, au cœur d’une clairière de terre battue. En dramatisant cette absence, le Jardin des grands singes renvoie au destin des espèces sauvages, ainsi qu’à la place qu’elles occupent désormais dans notre imaginaire, tout en questionnant la dimension paradoxale du « désir de nature » animant l’amateur de promenades en forêt.